Entre les deux lieux emblématiques du village, le Musée de
préhistoire de Norman Foster et le rempart du XVème siècle
de Yolande d'Aragon, six cent ans se sont écoulés. Histoire récente,
puisque les premiers quinsonnais se manifestent il y a près de 400 000
ans…
Les grottes du Verdon abritent les premiers groupes préhistoriques
– nomades d'abord, puis agriculteurs sédentaires.
Le premier village, établi dans la plaine, sera abandonné dès les
premières crises de l'âge de fer. Les habitants de l'époque
se replieront sur la falaise dominant la plaine et le Verdon. L'oppidum
barré d'il y a 3000 ans sera souvent investi !
Jusqu'au XVème siècle les habitants retrouveront les
habitats de la plaine lors des périodes de paix et reprendront le
chemin des hauteurs, comme dans tous les villages environnant, lors de
périodes de guerre ou d'épidémies générales.
Durant ces périodes troublées le village vivra de trop rares
moments de paix et de prospérité, le plus visible à l'époque romaine
grâce à la Pax Romana. Le village et le plateau vivront trois siècles
de paix. Les terres données aux légionnaires fournissant le blé aux
armées de Rome. Les exploitations se multiplièrent. Un riche
propriétaire, Quintius, donna son nom au village en développement.
Comme dans tout le pays, les invasions ruinèrent le bel ordre
romain. Quinson est alors gouverné par les Burgondes, puis par les
Francs. Les comtes Catalani qui instaurent des libertés communales
permettent aux quinsonnais d'élirent leurs consuls, privilège qu'ils
défendront longtemps.
Mais au XIVème siècle, sinistre époque pour l'Europe
entière, le temps de la mort est arrivé. La peste noire décime les
trois quart des provençaux. Les routiers, soldats désoeuvrés des
guerres de Cent ans pillent la région. Ils incendient le village. Les
habitants de Quinson se réfugient sur l'oppidum, loin des troupes du
successeur de la Reine Jeanne qui brûlent et pillent la Provence,
Raymond de Turenne en tête.
Au début du XVème siècle le calme revenu, les
quinsonnais quittèrent leur oppidum et créèrent, sur une colline
dominant la plaine, un nouveau village, ou plutôt rebâtirent l'ancien
village à l'abri d'un fort rempart concédé par la régente de
Provence Yolande d'Aragon.
Une architecture militaire, peut être inspirée par les Templiers
installés à Régusse et Saint Maurin, le rempart solide,haute muraille
toujours présente, percée de deux portes armées de herses et de
vantaux, défendue par sept tours toujours présentes elles aussi, est
l'exemple frappant des fortifications de la fin du moyen age.
Ce rempart, signe ostensible de la nouvelle communauté protégera
les habitants tout en assurant la sécurité de la route et du pont sur
le Verdon. Ce pont, essentiel pendant des siècles pour le commerce
entre les Alpes de Barcelonnette et le marché de la Méditerranée et
de la Provence, fut si important pour l'économie que l'attribution du
bénéfice de son péage fut décidée à Versailles par le ministre de
Louis XIV, le 17 mars 1754, le Roi "étant en son conseil".
A l'abri de ces murs, les quinsonnais survivront aux fréquentes
famines, aux guerres de religion ravageant les alentours ainsi qu'à
l'épidémie de peste de 1720 qui fit des centaines de victimes aux
alentours.
La révolution, elle-même, passera sans heurt, les quinsonnais y
étant fidèles. Le club révolutionnaire réunira les adultes du
village.
Le XIXème siècle sera pourtant fatal au village, le
chemin de fer passant au sud le laissant loin de ses retombées. La
route perd de son importance, le commerce et l'agriculture s'épuisent.
Les jeunes partent en ville vers l'industrie nouvelle.
La désertification des campagnes s'accélère, 1100 habitants à la
Révolution, 250 en 1950. Seul moment de bonheur au milieu du XIXème
siècle, la ville d'Aix en Provence achète l'eau du Verdon pour
irriguer la Basse Provence.
Le village affiche une nouvelle prospérité en édifiant un ensemble de
fontaines à rendre jaloux les villages alentours.
La chute s'accélère jusqu'au années 1970, où la création du
barrage Sainte Croix – Quinson – Esparron permet le développement
d'un tourisme nouveau. Une économie essentielle qui trouve de puissants
atouts dans la qualité des splendides paysages et d'un climat
exceptionnel.
Avec le lac du Verdon, le nouveau musée de préhistoire, et la
modernisation en cours dans le respect de son environnement et de sa
culture, Quinson entre dans le siècle accompagné de touristes et de
nouveaux habitants venus de toute l'Europe.